L'hôpital public va
mal : après la mise sous tutelle récente de deux
établissements, à Forbach et Saint-Avold, le Républicain
Lorrain de ce jour nous apprend un déficit de trois millions
d'euros de l'hôpital Saint-Nicolas de Sarrebourg, sur fond de
conflit social. Les raisons, nous dit-on, en sont simples : les
importants investissements mis en œuvre, financés par l'emprunt,
ont mis à la merci de la crise l'hôpital sarrebourgeois, phénomène
qu'amplifie, selon les mots du maire, une « activité moins
importante que prévue ». Crise de fréquentation, crise
économique : que ne convoque-t-on pas pour refuser de voir en
face la responsabilité de la politique de santé publique
désastreuse menée ces dernières années, et qui tend à appliquer
au service public de la santé la logique mortifère de la gestion
d'entreprise ? « Chiffres d'affaires », « réduction
des dépenses de fonctionnement », « développement de
l'activité », « productivité », « optimiser »,
« rentabilité », … Le vocabulaire lui-même s'est
fait gestionnaire, les logiques ne sont plus sanitaires mais
comptables. Tout se réduit au chiffre, on dilue l'humanité des
malades dans l'impersonnalité de l'« activité » :
quand arrivera le jour où, à l'accueil des hôpitaux, des clients
auront remplacé les patients ?
La crise a bon dos, mais
elle est surtout révélatrice des dérives de l'ultra-libéralisme,
appliqué jusqu'à la santé. Si notre hôpital va si mal, c'est bien
qu'on l'a livré en pâture à l'économie folle. L'amer constat de
l'intersyndicale citée par le journal est on ne peut plus lucide :
« La politique menée est scandaleuse. C'est une course
effrénée à l'activité. Il faut faire du chiffre, car les tarifs
qui sont remboursés aux hôpitaux baissent chaque année. Dans le
même temps, on assiste à une sur-réglementation tatillonne qui
fait grimper le prix des soins. Au final, l'hôpital est toujours
perdant. C'est un système insupportable. »
Comme pour une usine en
crise, on propose la saignée pour soigner l'hôpital :
supprimer des postes et greffer à la misère sanitaire une misère
sociale, ce qui se traduit par le sacrifice sur l'autel du
rééquilibre, à Saint-Nicolas, de vingt-neuf infirmières et de
huit aides-soignantes... C'est là toute la politique de la droite
qui oublie les hommes derrières les nombres et soumet nos hôpitaux
à ses dogmes libéraux : que l'hôpital public soit financé
comme les cliniques privées, alors même que ces dernières ont
moins de contraintes. Leur projet libéral pour l'hôpital, c'est un
rationnement des moyens aveugle et froid au lieu de choix guidés par
l'intérêt général.
Pour nous, la santé
n'est pas un service comme un autre, c'est un droit fondamental qui
ne peut être confié au marché. C'est l'esprit même de notre
Constitution, laquelle proclame que « la nation garantit à
tous la protection de la santé ». L'amélioration des
structures hospitalières doit se faire dans une logique de santé
publique et non, comme c'est actuellement le cas, selon une approche
comptable.
Alain Marty, qui se veut
optimiste, fait bel et bien partie des responsables de cette
situation tragique chez nous comme ailleurs. Député, il a voté ces
lois qui font aujourd'hui sentir tout leur poids sur les personnels
hospitaliers. Son optimisme cache mal les travers de son idéologie.
Comme il avait laissé partir le 13ème RDP, il n'a jamais su faire
inscrire dans le plan « Hôpital 2007-2012 » du ministère
de la Santé la construction du nouvel hôpital, convoquée
aujourd'hui pour expliquer le triste état des finances. Ses photos
avec les ministres qu'il se plaît à partager, faisant miroiter de
prétendues amitiés arrangeantes, restent illusoires, et son
influence n'en apparaît à ce jour que plus dérisoire.
Nicolas Quenouille
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